6-3, 3-6, 4-5.
Avantage Google.


Balles neuves pour Swisscom ?

Publié le 11 juin 2017

Entre Roland-Garros hier et Wimbledon demain, l'image d'un tournoi de tennis s'impose entre Google et Swisscom.

Avec d'autres entreprises commerciales, Swisscom et Google jouent un match pour les données personnelles et les profilages de leurs clients, utilisateurs, chalands, visiteurs, sympathisants, résistants, adhérents ...
La comparaison est instructive entre ces deux joueurs, qui nous sont tous deux proches.

Nous soumettons une thèse à votre analyse :

Google mène au score, même s'il est difficile de confirmer que toutes ses balles étaient vraiment DANS le court. Swisscom court loin derrière la balle, et risque la double-faute (légale) à chaque nouveau service.

L'ex-Régie fédérale ne devrait-elle pas réserver ses efforts à un autre tournoi, aux règles différentes, où elle aurait une chance de gagner sans risquer la disqualification ?

QUE SONT LES DONNÉES ?

La vision des règles du jeu de Google est que toute donnée est un objet, que l'on peut, que l'on doit même, manipuler à son avantage.
Si les données sont des balles de tennis, il est permis de les frapper, choisir, colorer, échanger, vendre et acheter, voire réinventer ... durant le jeu.

Google a récemment annoncé par exemple, sans sourciller, qu'elle avait acheté les droits d'accès à 70% des transactions de cartes de crédit et débit des USA pour son nouveau service Google Attributions (documents sur demande).

Imaginons l'annonce faite par Ringier qu'elle aurait loué pour dix ans l'accès à toutes les transactions de cartes de crédit ou débit en Suisse ou Europe de l'Ouest transitant par Mastercard ou Visa ...

La coupe est pleine ! Données en pension complète.
Swisscom aimerait manipuler les balles-données avec la même latitude que Google. D'où sa propension à agir comme si les données personnelles de ses usagers lui 'appartenaient'. Par exemple les possesseurs de téléphones mobiles, non nécessairement clients de Swisscom d'ailleurs, qui font route à travers la commune de Prilly (VD) ou d'autres communes 'donnent', c'est-à-dire communiquent, sans le savoir ni l'avoir consenti de leurs données personnelles à Swisscom (documentation sur demande).

En fait, selon les lois suisses (et de l'UE aussi d'ailleurs pour ceux qui y résident), Swisscom ne peut pas utiliser ces données comme un propriétaire le ferait ; elle en est uniquement la dépositaire qui doit en prendre grand soin (cf. LPD & OLPD, version courante et future).

De plus, Swisscom compte (encore ?) beaucoup sur la fidélité de sa clientèle héritée de son passé de régie fédérale. Au-delà de tout raisonnement légal, elle pourrait difficilement aujourd'hui adopter des comportements comme ceux de Standard Innovation (société canadienne condamnée à 3.75 millions CAD d'amende pour ses sex-toys espions), ou Vizio, 11 millions de téléviseurs-espions des programmes TV consommés aux USA.

Alors Swisscom opte pour des balles sur la ligne du court. Il s'agit par exemple de faire accepter à ses clients Swisscom TV, de manière implicite voire cachée, l'utilisation de leurs données de consommation TV à des fins publicitaires, par Swisscom et par d'autres qui les ont 'achetées'.
Concrètement, les clients Swisscom TV non avertis financent par leur abonnement les futurs "spams", publicités non sollicitées, qui vont les interpeller, ou les assaillir, c'est selon.

Par exemple (1), pour leur vendre le coffret DVD des Grand Chelems féminins : leur fille a regardé trois après-midis de suite le tournoi de Roland-Garros ...

Par exemple (2), des appels téléphoniques renouvelés d'assurances-maladie en soirée parce que leur conjoint profite des émissions de fitness (ils sont devenus de bons risques) ...

Il s'agit bien d'une balle pleine ligne. Voire au-delà.

De détails publics annexes (disponibles sur demande), je conclus que Swisscom a probablement dû déclarer au Préposé Fédéral à la Protection des Données que seules des données anonymisées étaient transmises à Admeira, sa régie publicitaire avec Ringier.

Cependant, à la réflexion, si tel est bien le cas, quel besoin éprouve encore Swisscom de faire accepter cette transmission à ses clients ? Et a-t-elle renoncé à tracer ensuite individuellement ses clients Swisscom TV lors de leurs activités online ?

Un autre indice montrerait plutôt que Swisscom ne s'est pas vraiment préoccupé à 100% des conséquences légales de ses ardents désirs de marketing online.

POSITIONNEMENT SUR LES MARCHÉS

"Google : nous avons la vision d'organiser et rendre disponibles TOUTES les données du monde."

Bang !!! Fair Play ?

La vision du jeu de Google est claire, même si son caractère extrême provoque des souvenirs déplaisants. Car données implique informations, qui inclut opinions.

Pour sa part, Swisscom s'essaie à jouer avec deux tactiques très différentes.
Tactique 1 : quand sa première balle n'est pas passée, servir la seconde comme une première, comme Google ?
Par exemple en exploitant aux confins de la licéité les données personnelles de ses clients Swisscom TV. À tel point qu'il n'est plus du tout certain que la balle retombe encore à l'intérieur du court,

Ou bien

Tactique 2 : privilégier la sécurité de sa seconde balle ?
Par exemple, en se déclarant prestataire principal majeur pour les dossiers médicaux numériques standardisés de Suisse.

Comment concilier les deux : les données médicales de ces futurs dossiers médicaux centralisés seraient-elles jouées comme une balle sûre, dans le court, ou bien en suivant l'exemple de Google ? Documentation à disposition sur demande.

CONDITIONS-CADRES LÉGALES

Même lorsque la nouvelle loi RGPD de l'UE qui prévoit protection de ses résidents de façon extra-territoriale sera entrée en force, pour Google, le coup de repli est limpide en cas de montée au filet imprévue de l'adversaire :
Cabane ! Je ne réponds que des lois des USA !

C'est la 'Cabane !' pour les Américains ; pour Swisscom aussi ?

Swisscom ne peut pas appliquer le même coup de repli ; à moins d'annuler tout lien privilégié avec la Suisse, et se domicilier aux USA ou une juridiction comparable quant à la protection des données.

BALLES NEUVES POUR SWISSCOM ?

Les raisons de l'avantage de Google sur Swisscom pour le profilage des clients ne laissent pas de place au doute. Nul besoin de rajouter les capacités technologiques et le réseau de connexions mondiales.

Swisscom pourra difficilement rattraper le match avec de pareils handicaps, même en flirtant avec la ligne des règles légales, et en usant et abusant du filet pour des coups en-dehors du fair-play.

Est-ce que se concentrer sur la protection réelle des données de ses clients ne serait pas une meilleure stratégie de jeu ?

J'aimerais connaître vos opinions, réactions, questions sur le sujet.

Et je suis aussi très intéressé à mesurer, techniquement et contractuellement, les points d'impacts des balles de Swisscom TV. Si vous connaissez un ou des clients de Swisscom TV qui se seraient sentis 'agressés' par une surveillance de leur consommation TV et intrusion, au-delà de la seule exécution du contrat d'abonnement, de la part de Swisscom et qui aimeraient aller au fond de cette affaire : souhaiteriez-vous créer le contact par simple email ?

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